Le Funiculaire de la Chaumière

Connue pour les bienfaits de ses eaux Thermales, Luchon l’était également pour ses « cures de terrains » qui consistaient à envoyer les curistes aux nombreuses sources sur les hauteurs de la ville. Située à une centaine de mètres au-dessus des Thermes, la fontaine d’Amour était l’une des plus prisée. On y trouvait d’ailleurs une buvette où l’on pouvait se désaltérer. À quelques dizaines de mètres au sud de la source se trouvait une petite chaumière profitant d’une splendide vue sur la vallée de Luchon. Ce petit restaurant tenu par Madame Talazac de Trébons avait pour réputation de servir les « meilleures crêpes du Comminges ».

Ce succès ne passait pas inaperçu et c’est en 1890 que Lucien Cahn, banquier Parisien rachetait « la Chaumière » mais il ne fût pas le seul intéressé. En effet, Joachim Estradère exposa une idée à M. Cahn consistant à remplacer le chalet par un « hôtel somptueux » et de le relier au parc Thermal par un Funiculaire. Séduit par ce projet, le nouveau propriétaire de la Chaumière décida de s’associer avec M. Estradère et de lancer ce projet.

Les travaux commencèrent en avril 1892 mais le Bosquet des Thermes étant parsemés de sources, la tranchée ouverte au travers rendit le terrain très instable et provoqua un glissement de terrain qui arrêta les travaux pendant près d’un mois.  Un rapport des Ponts et Chaussées dénonça l’imprudence des promoteurs et les força à consolider l’assise de la voie ferrée.

Comble de malchance, Lucien Cahn qui était propriétaire du Comptoir des Fonds Nationaux fit faillite, l’obligeant à cesser les paiements. Les travaux furent donc arrêtés et c’est avec son frère Gabriel, ingénieur des mines qui deviendra maire de la commune en 1912 que Joachim Estradère poursuivit et acheva les travaux.

Le premier septembre 1893, l’Hôtel de la Chaumière était inauguré en grandes pompes. Dans la grande salle de restaurant vitrée fût servi un repas fastueux suivi d’un bal animé jusqu’au petit matin par un orchestre.

Après cette fabuleuse inauguration, les travaux du funiculaire se poursuivent sans encombre jusqu’en mars 1894. En avril arrivent les deux voitures construites par la Société des Constructions Mécaniques de Vervey en Suisse d’après les plans de l’ingénieur Jules Le Blanc. Une semaine plus tard elles sont en place et font un voyage à blanc. Les essais étant concluant, Joachim et Gabriel Estradère demandèrent les autorisations pour ouvrir la ligne au début de la saison thermale en juin 1894.

Après quelques péripéties administratives, le funiculaire était ouvert le 14 juillet sans inaugurations officielle. Malgré tout celui-ci fût pris d’assaut par une élégante population prenant plaisir à découvrir le magnifique panorama qu’offrait l’Hôtel restaurant que l’on ne manqua pas de comparer à ceux des mille et une nuits.

 

Après le succès de son inauguration, les premières années furent prospères. La fréquentation du funiculaire était telle que des allers-retours étaient effectués tous les jours sans discontinuer de huit heures du matin à onze heures du soir. L’hôtellerie de la Chaumière réputée pour son panorama, qui d’ailleurs sera très vite appelée la Chaumière de Bellevue l’était tout autant pour sa gastronomie et pour la qualité de ses animations.

Au tout début du vingtième siècle, un projet de prolongement du funiculaire vit le jour afin de rejoindre le plateau de Superbagnères. Mais les pentes abruptes et le faible débit d’une pareille installation força son abandon au profit d’un chemin de fer à crémaillère dont Ludovic Dardenne en était l’un des promoteurs. Celui-ci fût inauguré en 1912 et la société l’exploitant, la compagnie des Chemins de Fer et Hôtels de Montagne aux Pyrénées (CFHMP) racheta l’ensemble de la Chaumière et en devint le gestionnaire. En 1914 avec le début de la grande guerre, le funiculaire est arrêté et ne tournera que ponctuellement durant la durée du conflit. Durant la période d’entre deux guerres, la Chaumière retrouva sa fréquentation mondaine.

Entre 1939 et 1945 l’exploitation était également réduite, l’entretiens de l’infrastructure était quasiment inexistant. A la reprise des circulations, le manque de réparations des deux voitures se faisait ressentir, notamment avec des arrêts intempestifs en pleine ligne. En effet, à cause de la corrosion, les cuves à eau des voitures se vidaient en pleine ligne et en arrivant au point d’équilibre, l’installation s’arrêtait. Il était alors nécessaire de faire intervenir les pompiers de Luchon pour évacuer les deux voitures.

 

             C’est ainsi que le remplacement du funiculaire est décidé en 1954. Exit le funiculaire hydraulique bien trop pittoresque et bonjour la modernité avec la fée électricité !

             En 1955 est inauguré le funiculaire électrique. Composé de deux bennes de six places, il offre le même débit horaire que l’ancien mais le côté pittoresque en a pâti. Ce n’est pourtant pas cela qui rebuta les visiteurs et les affaires de la chaumière repartirent bon train ! En 1966 l’hôtel restaurant et le funiculaire trouvent un nouveau propriétaire qui s’empresse de redynamiser l’affaire en y installant un zoo où l’on pouvait voir entre sangliers et isards le mythique ourson des Pyrénées. Nombreux ont été les touristes et les luchonnais à monter là-haut pour y déguster les crêpes de la patronne dont on parle encore aujourd’hui !

          

   Malheureusement la gloire ne dura que trois années et le dimanche 28 septembre 1969, la Chaumière accueillait ses derniers clients. Cinq mois plus tard en février 1970 les nouveaux propriétaires devaient fuir l’hôtel en pleine nuit. Rongé par l’humidité et par le mouvement permanent des sols du bosquet, le mur soutenant la façade Est de l’hôtel s’effondrait rendant l’ensemble de la structure très instable et dangereuse interdisant toute reprise de l’activité. Par manque de moyens les propriétaires durent se résoudre à vendre. L’ensemble est racheté pour 150 000 Fr mais le nouveau propriétaire ne fait aucuns investissements.

             L’hôtel est ainsi laissé à la merci des visiteurs et des intempéries. Le 14 juin 1977 après sept années d’abandon l’hôtel est incendié en pleine nuit ne laissant que ruine et désolation d’un des plus beaux hôtels des Pyrénées.

             Depuis la chaumière est figée au milieu du bosquet des thermes. La nature reprend lentement ses droits grignotant peu à peu les vestiges d’un établissement de premier ordre qui fit durant des années la gloire des nuits Luchonnaises.

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